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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 08:01

Suite des papotages avec Corinne à propos du précédent article ...que je vous invite à relire dans les commentaires...

 

             C'est un débat très intéressant auquel je réfléchis souvent, car j'y suis souvent confrontée avec l'organisation des cours. C'est sûr, on ne travaille pas de la même façon, d'après photo et d'après nature. Je crois que l'impulsion de départ n'est pas la même non plus.

 

Il me semble que lorsqu'on travaille d'après nature, on est davantage tourné vers ce que ce qu'on représente donne, alors que d'après photo, on cherche davantage en soi de quoi nourrir le sujet.

Je ne sais pas si je me fais bien comprendre.

Le travail ne se fait pas dans le même sens. Le "remplissage " en émotions est inversé.

Le timing est extrêmement différent. Sans photo, on est tout de même un peu dans l'urgence,  qui peut être très stimulante, alors que d'après photo, le temps s'étire...

Quand je peins une fleur dans la nature, je suis en quelque sorte "à l'écoute" de celle-ci, alors que lorsque je travaille un nu d'après photo, je suis plus en phase avec ce que ça provoque en moi...

Ca ne signifie pas, bien entendu, que je ne suis plus du tout à l'écoute de mon modèle, mais c'est comme si je mettais l'accent sur CE moment là, comme s'il n'y en avait pas eu d'autre APRES.

Travailler d'après photo, c'est une façon d'échapper à l'emprise du temps.

Lorsque je travaille le nu d'après modèle vivant, je suis souvent frustrée de ne pas pouvoir retranscrire toute la fugacité des jeux de lumière très changeants sur la peau par exemple, ou un mouvement des cheveux, ou encore une expression fugace sur le visage du modèle.

Lorsque je fais des photos, je fige ces petites étincelles qui m'intéressent et m'émeuvent. J'en fixe ainsi le souvenir. Pour moi la photo a un rôle de "fixateur"... Combien de souvenirs d'enfance n'aurais-je pas oublié si mes parents ne les avaient pas "fixès" sur la pellicule...?

Je peux travailler des mois devant une photo, en faire de multiples interprétations.

 

           Pour ce qui est de la troisième dimension, justement en lisant ton précédent commentaire, je pensais à ça en ce qui concerne la sculpture...

Lorsque j'entreprends une sculpture en argile, je fais poser la personne que je représente, en général mes enfants, et il faut de nombreuses heures de pose, car je ne fais pas ça souvent et que je ne suis pas très rapide. Il ne me viendrait pas à l'esprit de faire un portrait en sculpture d'après photo. Je sais que certains sculpteurs le font. Je pense qu'ils ont acquis une connaissance de la morphologie sans laquelle je ne me lancerais pas sans filets...

Lorsque je sortais d'une étape de modelage, j'avais toujours beaucoup de mal à travailler d'après photo pour mes peintures, et je revenais au travail d'après nature ...

En peinture pour moi les enjeux sont différents de ce genre d'exercice de "représentation".

Je ne cherche pas à opposer comme deux pratiques ennemies la pratique d'après photos et celle d'après modèle.

Outre certains aspects pratiques et financiers (être dispo au bon moment, suffisamment longtemps, avoir le modèle dispo aussi ...), ce sont deux pratiques complémentaires, et je comprends bien ta frustration à travailler d'après photo.

En photo, il manque toujours quelque chose... Là par exemple, les mains sont mal définies sur ma photo d'origine, alors j'ai demandé à ma fille de poser, juste pour les mains, et de même que dans mon précédent tableau, ce sont les mains de ma fille qui appraissent et non celles du modèle. (petite anecdote familiale pour ma descendance ...).

Moralité, en jonglant avec les deux possibilités, on accroit les sensations, on les affine et on travaille mieux... enfin, en tout cas, moi, je fais comme ça.

Travailler d'après photo, c'est une façon d'échapper à l'emprise du temps, c'est tricher un peu, c'est manquer un peu de certaines informations ou sensations, mais on peut les reboucler par une nouvelle observation qui vient finir le travail, et nourrir celui-ci de sensations emmagasinées, parfois plus enracinées en nous.

Et si, on peut se poser la question pour les paysages ou pour les fleurs, car les fleurs bougent fânent et les paysages changent à chaque instant avec la lumière et les saisons...

 

Mille mercis à toi Corinne d'avoir lancé ce questionnement si passionnant, tellement encore d'actualité.

C'est comme ça que j'aime faire vivre ce blog...

 

 

 

 

 

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commentaires

survivre c'est trop dur 14/05/2011 08:35


J'ai longtemps considérer que l'aquarelle sur le motif était la seule honnête!FOUTAISE
je m'installais dehors ,il me fallait du temps pour un résultat médiocre,mon esprit s'éparpillait un peu partout,pour finalement réussir quelque chose très hors sujet
il ne s'agit là que d'une expérience personnelle bien sur
j'avais aussi la frustration de ne pas avoir mes papiers et mes couleurs au moment où quelque chose attirait mon oeil j'ai pris l'habitude d'emporter mon appareil photo et j'essaye aussi de
décrypter un maximum les choses qui me plaisent
et puis je met ces mémoires sur le papier jusqu'à ce que
j'arrive à dire ce que je veux
je cherche par nature à m'éloigner du sujet et je ne peins pas de portrait je peins surtout des paysages et la photo m'est aujourdhui devenue indispensable
merci pour cet article nat


Gladis 14/05/2011 09:31



En vieillissant je me rends compte A QUEL POINT RIEN n'est VRAI ABSOLUMENT ...


Ce qui compte c'est que chacun trouve à s'exprimer à sa mesure ou à sa démesure ...



jc 10/05/2011 09:14


Juste! Le travail d'après nature, cependant, fait aussi sortir du temps: il m'est arrivé de dessiner les vagues et ce n'est pas leur inscription dans le temps que je voyais mais bien leur présence
intemporelle (dans leur répétition par exemple). Je n'ai, moi non plus, jamais imaginé faire des portraits autrement que devant les gens eux-même et beaucoup de l'accidentel disparaît alors,
laissant voir l'essentiel: la nature; car ce qui est la nature, dehors, est aussi notre nature, dedans, et les limites disparaissent entre dehors et dedans, entre ce qui sépare les heures. Ce qui
est retenu d'accidentel dans le modèle, peut être vu comme prétexte et «indice visuel» non? En tous cas, merci, ça me soulage de lire que la question te préoccupe et que la réponse que tu lui
apportes (et que tu nous donnes) est sensible et réfléchie!


Gladis 10/05/2011 13:57



La tienne l'est aussi. j'adorerais être suffisament sûre du temps qu'il me reste à peindre pour m'accorder le droit de le faire systématiquement d'après nature... et en même temps, me dire que ce
tableau là (le prochain ;) ce sera le dernier, ça me donne vingt mille fois plus encore envie de le réaliser d'après nature...On ne sort pas de toutes ces p.... de contradictions...


Bienvenu...je t'avoue que je me perds complétement dans ton blog ...mais j'y reviens..je progresse ...



nicole paillouis 09/05/2011 15:36


Le débat étant lancer sur l'intêret de peindre d'après nature ou d'après photo, je vais rentrer pour une fois sur le blog pour défendre ma position qui semble minoritaire: je suis une
inconditionnelle de la peinture d'après nature. Cela permet de mieux appréhender les volumes, la profondeur, les couleurs exactes, et surtout la lumière et l'atmosphère du lieu même s'il y a de
très bonnes photos.
Bien sûr la photo permet de fixer des sujets éphémères comme les fleurs, les paysages,des expressions. Elle donne plus de temps, plus de confort, sans doute plus de possibilités pédagogiques mais
personnellement, le fait de peindre d'après nature me procure beaucoup plus d'émotions et de plaisir.


Gladis 09/05/2011 21:24



Je comprends et partage ton plaisir à peindre d'après nature Nicole.


Il y a juste des sujets plus compliqués que d'autre à mettre en oeuvre uniquement de cette façon... les nus par exemple.


Pour les fleurs, c'est sûr que si on veut les travailler en hyper réalisme, on a intérêt à être costaud techniquement... d'où les photos...


La gestuelle du peintre qui privilégie le sentiment d'urgence (entre autres) que la fleur (fanant à plus ou moins longue échéance) lui procure, s'adapte, et est, en général, bien plus nerveuse...


... 



Viviane Huchet 07/05/2011 22:23


Bonsoir
Je connais vote blog mais n'avais pas encore écris une bafouille! Ce sujet m'interpelle car je le vis aussi! Pour l'instant, je m'atèle à dessiner ou peindre les arbres (et plus) et il est vrai que
dessiner sur le vif ou d'apès photos est différent. L'appareil photo est pour moi un truc en plus, qui me permet , de fixer une émotion. Et ensuite, je l'exploite, ou pas... Votre blog est
passionant et enrichissant. A bientôt


Gladis 08/05/2011 19:52



Merci Viviane ! Etant donné la tonne , que dis-je... les tonnes de photos que j'ai engrangées, de toutes les façons possibles, je mesure le nombre d'instants magiques que je n'ai pas souhaité
perdre... et pourtant ...


merci d'apprécier ce blog... si souvent je me demande si je dois continuer ... mais le plaisir d'y présenter des artistes, d'y réfléchir ensemble, ou de mettre en valeur le travail de l'atelier
sont plus forts...et j'y reviens..encore, et encore..



corinne60 02/05/2011 15:10


je ne pensais pas faire couler autant d'encre!!!!!
mais je suis une curieuse,j'aime poser des questions et aussi m'en poser!j'aime partager des idées,des opinions,ça me fait "avancer"..................je ne suis certaine que d'une chose,pour
peindre,il faut en avoir envie et surtout se faire PLAISIR!Olivier le dit très bien "c'est moins bien quand il s'agit d'une commande".............(je vais aller faire une tite visite chez lui)
et surtout:BONNE PEINTURE et BELLE JOURNEE!


Gladis 02/05/2011 16:44



Bon, eh bien c'est bon alors, tu es tombée au bon endroit ...


Les portraits d'Olivier sont des merveilles. Il anime un stage cet été à Brioude...



Laurence 02/05/2011 10:31


Moi je n'ai jamais travaillé avec modèle vivant, ni modèle en photo. Je ne suis pas très attirée par le portrait, l'humain en fait, même si j'admire ceux des autres, je sens que je ne m'y risquerai
pas.
En revanche, les fleurs, j'aime les faire d'après nature. Pour les paysages, je ne sais si c'est ma vision qui est bizarre mais sur le site, je n'arrive pas à redonner l'effet de perspective. C'est
plat, c'est nul. Donc je le travaille sur photo et là je préfère. En plus sur site, je ne suis jamais bien installée, et le vent, ou la chaleur, bref, les sautes d'humeur de l'atmosphère gênent ma
concentration (sans compter les oiseaux, insectes, les bêtes quoi). Donc je ne peux pas frimer en public avec mes beaux pinceaux pour un paysage urbain que j'aime bien. Et je déteste qu'on se mette
derrière moi pour juger de l'adéquation entre le réel et ma peinture. Raaah, non mais on peut encore avoir de l'imagination, non? Sans compter ceux qui disent qu'en principe, un VRAI peintre ne
dessine pas avant, ...coloriage...etc.
Donc photo ou pas photo : et si on s'en foutait? Si on faisait "comme on le sent"? ;))


Gladis 02/05/2011 10:58



Bien sûr, c'est ce qu'il faut faire, de toute façon, chacun sa route, et à part les gens qui ont la chance d'être formés très tôt et d'éviter tous ces atermoiements du peintre amateur, je ne
connais pas grand monde qui n'ait pas appris en peignant au moins de temps en temps d'après photo.


Tu sais Laurence, il n'y a pas de pratique "type" des "vrais" peintres, et ceux qui tentent de nous le faire croire n'ont rien compris à la peinture qui est une aire de liberté créative.


Travailler dehors présente effectivement des avantages et des inconvénients... les conditions ne sont pas toujours optimum et il faut savoir s'adapter... ce n'est pas qu'une question de confort
et il est parfois difficile de tirer quelque chose de bon d'un moment en extèrieur. Jamais rien n'est garanti et le fait de travailler d'après nature n'a jamais été un gage de réussite assurée.


 


 


 



Olivier 02/05/2011 09:51


Nathalie, je partage complêtement ton opinion! Lorsqu'on peint directement le motif ou le modèle, on utilise davantage ce qui "vient" vers nous, ce que nous captons dans l'instant, ce qui nous est
offert et ce que nous pouvons en recevoir à ce moment précis. Cette subjectivité, associée à la fugacité du moment, donne un caractère très particulier au travail qui sera effectué. Le travail
d'après photo permet de se ré-approprier davantage le sujet, de le faire sien, en quelque sorte (ou carrément!) de l'utiliser. On prend nécessairement le recul impossible dans le travail sur le
motif, on peut tout se permettre: s'y mettre, arrêter, ne pas avoir envie, retrouver l'émotion, répondre au téléphone (déconseillé!)... Ce sont 2 approches très différentes. Je fais régulièrement
des portraits sur le vif et beaucoup d'autres d'après photo. Cela dit, je ne peux travailler d'après photo que si, au préalable, j'ai capté quelque chose du modèle qui me parle et me donne l'élan,
la direction à suivre, la motivation, oserai-je dire l'inspiration? C'est le modèle comme véhicule d'un ressenti ou d'une émotion, beaucoup plus que la simple tentative de ressemblance. Les
portraits de commande (je ne devrais pas le dire), et particulièrement si je ne connais le modèle que d'après photo, représentent un certain calvaire à cause de cela; il me reste alors à tenter de
trouver un intérêt dans la dramatisation, les couleurs, l'essai d'une étincelle de vie. Mais ça n'a pas, à mon avis, la vie insufflée par le "désir" et l'urgence de peindre. Heureusement j'en ai
peu, mais ça arrive de temps à autre.
Par contre, je me fais constamment surprendre par ce qui va se dégager de quelqu'un, même un instant très bref, et qui va déclencher le besoin de peindre. Parfois on peut l'attraper sur le motif,
mais comment demander à quelqu'un de dégager quelque chose de précis pendant un long temps de pose? A ce moment-là, la photo me semble un bon outil.


Gladis 02/05/2011 11:03



Rien à ajouter Olivier, je suis entièrement d'accord avec ta façon de voir.


C'est pour toutes ces raisons que parfois lorsqu'on a laissé passer trop de temps entre la séance photo et la séance peinture, on ne retrouve plus ce désir et qu'on peut ranger les pinceaux. Là,
c'est foutu.



C'est Tout Moi...

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  • : Le journal de l'atelier d'aquarelle Gladis, mon travail au jour le jour, les travaux des élèves, les stages, les invités, les artistes que j'aime, moments de folie et de liberté d'expression.
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Profil

  • Nathalie Glapa Paradis
  • L'aquarelle est mon médium de prédilection depuis 1991. J'anime des ateliers dans la région de Toulouse depuis 2002, dans des comités d'entreprise et des associations, avec des enfants ou des adultes, en aquarelle, dessin, et techniques mixtes.
  • L'aquarelle est mon médium de prédilection depuis 1991. J'anime des ateliers dans la région de Toulouse depuis 2002, dans des comités d'entreprise et des associations, avec des enfants ou des adultes, en aquarelle, dessin, et techniques mixtes.

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